Vous voulez devenir enseignant.
Vous trouvez que c’est un beau métier, vous aimez les jeunes, vous croyez que vous vous sentirez utiles, que vous serez valorisé par vos interactions avec eux, vos collègues et qui sait? même la direction! Vous entretenez l’idée romantique que dans une école, tous oeuvrent dans le même but, soit développer le potention maximal de chacune des jeunes personnes qui vous est confiée. Bref, vous sentez que vous avez la vocation.
Halte-là! Prenez garde à ce mot: vocation. En fait, bannissez-le de votre vocabulaire et revenez à des termes plus terre à terre tels que métier, profession, travail, job, qui supposent une juste rémunération de vos efforts et de votre TEMPS et qui ne portent pas à justifier les abus que vous subirez en leur nom.
Tu passes tes soirées et tes fins de semaines à corriger? c’est normal, c’est une vocation.
Tu t’inquiètes d’un élève et ça te gâche ton plaisir? c’est normal, c’est une vocation.
Tu fais plus de récupération et de reprise d’examen que ton horaire le prescrit? c’est normal, c’est une vocation!!
Et si tu ne fais pas tout ça… quel genre de prof es-tu donc? t’aimes pas ta job faut croire… Comment ça t’as pas une demi-heure de plus à consacrer à tes jeunes en difficulté? t’es donc ben pas dévouée!!
Vous voulez un exemple concret, réel et récent des abus que l’on peut subir au nom de la vocation? en voici un.
Tout d’abord, vous devez comprendre que le temps de présence d’un professeur à l’école se divise en deux grandes catégories: le temps de présence-élèves, qui comprend les cours, les récupérations et les surveillances (d’examens ou autre, exemple gymnase le midi), et le temps de présence-école, qui comprend le travail de nature personnelle (correction dans le bureau), les réunions et les concertations en équipe-matière. Grosso modo. Ces temps sont calculés à la minute près et ne sont, EN PRINCIPE, pas interchangeables. Autrement dit, quand on dépasse un temps de présence élève, on doit être compensé, soit en argent (mais vous pouvez toujours courir!!) soit en temps subséquent.
Situation: surveillance de 2 heures d’un examen d’histoire de 2 1/2 heures. Après vos deux heures de surveillance, personne ne vient vous relever. Il reste 4 élèves. Vous restez donc, par VOCATION, afin de permettre à ces élèves de compléter leur examen, en vous disant que la direction vous compensera sur une autre surveillance de fin d’année. Vous notez sur l’enveloppe d’examen que vous êtes restée une demi-heure de plus que prévu. Vous le signifiez verbalement à une directrice adjointe(Brune), qui vous dit: “On verra”.
Vous apprenez le lendemain qu’il y a eu une erreur dans l’organisation de l’examen, qu’aucun prof n’avait été prévu pour vous relever puisque l’examen devait durer deux heures, non deux heures et demi.
Quelques jours plus tard, vous recevez votre horaire de surveillance des examens de fin d’année. Surprise! On ne vous a pas ôté la demi-heure supplémentaire que vous avez faite. Vous laissez un message écrit à la directrice adjointe responsable des horaires (Blonde), puis un message dans sa boîte vocale quelques jours plus tard car vous n’avez eu aucune réponse. Sur ce, vous recevez par courriel, en cc, une réponse (notez que vous n’avez jamais eu la question) de l’organisation scolaire à la direction générale, concernant vos surveillances d’examens, où il est écrit que vous avez fait 120 min au lieu de 150, donc que VOUS devez du temps à l’école!!! Vous répondez à tous en précisant que vous avez fait 150 minutes au lieu des 120 prévues, non mais sans blague, et vous commencez doucement à vous énerver.
Vous revoyez la première directrice adjointe (Brune) qui vous dit que de toute façon, on ne vous avait pas demandé le maximum de temps qu’on était en droit de vous demander, et donc qu’on ne vous doit rien. Vous répondez que selon votre déléguée syndicale, on doit calculer le temps sur ce qui a été demandé, non sur ce qui aurait pu être demandé. “Ah, tu as parlé à ta déléguée syndicale??” Ben quin. “Ah bon, alors viens me voir lundi avec une photocopie de ton horaire de surveillance et on va s’arranger.” Ah bon? Donc, on ne “s’arrange” qu’avec ceux qui se renseignent sur leurs droits et les autres, on peut les exploiter, c’est pas grave?
Le lundi arrive. Vous avez votre photocopie. Brune n’est pas là, n’a pas le temps, bref, ne peut vous rencontrer comme prévu. Vous avez une surveillance à faire, de 2 heures encore une fois. Après votre surveillance, dans le bureau, les deux directrices adjointes concernées, Brune et Blonde, sont là. Peut-être qu’on pourrait prendre deux minutes pour discuter de votre cas? Blonde n’a pas le temps mais vous dit quand même que “de toute façon, vous êtes supposée travailler jusqu’à 16h30. Comme l’examen finissait à 16h10, vous n’êtes pas en dépassement de temps.” Euh, présence-élève, présence-école? La distinction n’existe plus. Sans compter que l’examen ne devait pas finir à 16h10, mais à 15h40, mais qu’ils ont fait une erreur. Passons.
Brune tente de discuter avec vous. Après tout, il ne s’agit que de trente minutes, voulez-vous vraiment les obliger que refaire tous les horaires de surveillance? Non, juste les vôtres, mais ça semble une tâche herculéenne, alors que vous savez pertinemment que les horaires sont conçus par un logiciel… Vous dites que vous ne voulez pas nécessairement faire tout un plat avec trente minutes, mais que vous ne voulez surtout pas créer un précédent pouvant nuire dans le futur à vos collègues qui pourraient, éventuellement, se retrouver dans la même position.
C’est là que Brune vous assène le coup final. “Tu sais…” Notez que vous la vouvoyez, mais qu’elle vous tutoie. Vous êtes clairement son inférieur. “Tu sais, dit-elle, ça fait partie de la profession de faire du bénévolat de temps en temps.”
PARDON???
Ça fait PARTIE de la profession de faire du bénévolat! Puisque c’est une vocation… Vous êtes tombée en bas de votre chaise (figurativement parlant, puisque vous étiez debout).
Qu’on se comprenne. Vous en faites, du bénévolat, pour vos élèves, des récup supplémentaires, du temps de recherches pour faire des activités signifiantes et le fun, du scrabble le midi, des appels au parents le soir, des discussions après les heures de classe avec des élèves qui vivent toute sorte de problèmes (“Je suis trop jaloux, ma blonde veut me laisser à cause de ça, je fais quoi?” “Ma mère veut me mettre à la porte, elle trouve que je prends trop de place, je fais quoi?” “Mon chum menace de se suicider si je le laisse, mais je l’aime plus, je fais quoi?” ” J’ai peut-être mis ma blonde enceinte, j’ai 15 ans, je fais quoi?”). Qu’on se comprenne: vous n’êtes pas le prof qui fout rien, qui s’en fout, qui fait des examens à choix multiples parce que c’est plus rapide à corriger (mais vous sentez que vous allez le devenir…). Vous en mettez du temps supplémentaires. Vous en faites du bénévolat.
Vous en faites quand ça vous arrange. Quand vous le décidez. Volontairement.
Pas parce que la direction s’est trompé dans ses horaires!! pas imposé!!! Ça, c’est de la tricherie, pure et simple.
Bref. Finissons-en avec ce billet. Vous êtes remontée plus que jamais, mais même votre déléguée syndicale vous dit de laisser tomber parce que comme vous êtes à contrat, vous ne serez plus là le 30 juin et le délai est trop court. Ok. Si votre déléguée le dit, vous obtempérez.
Deux jours plus tard, vous avez une surveillance de trois heures à faire, examen de math. À la fin des trois heures, tous les élèves sont sortis, il y en a un qui revient, paniqué: il n’a pas fait la dernière question, qui était à part. Il ne l’avait pas vu. Vous refusez de lui laisser son examen puisque le temps est écoulé. Il vous supplie. Vous lui dites d’aller chercher un prof de math qui le lui permettra car vous ne pouvez prendre cette décision. L’élève revient avec un directeur adjoint (Sympa). Vous expliquez la situation à Sympa, il est d’accord pour que vous accordiez 10-15 minutes à l’élève pour qu’il fasse sa dernière question. Vous regardez Sympa et lui dites, le plus calmement du monde: ” Moi je veux bien, Sympa, mais j’aimerais savoir comment va être comptabilisé ce temps supplémentaire, parce que j’ai déjà 30 minutes de bénévolat à mon actif.” Sympa, sourire en coin (il doit être au courant de l’histoire), dit qu’il va assurer lui-même la surveillance. Merci, c’es sympa.
Vous ne vous ferez pas avoir deux fois. Hit me once, shame on you. Hit me twice, shame on me.
Et dans tout ça, le plus navrant, au-delà de l’évidente mauvaise foi de la direction, c’est l’attitude qui a été démontrée. Jamais on ne s’est excusé pour la bévue dans l’organisation des horaires d’examens. Jamais on ne vous a remercié d’être restée et d’avoir permis à 4 élèves de terminer leur examen. Parce que si on se met à compter, vous auriez pu quitter la classe en disant: “Moi, j’ai fini mon temps, je m’en vais puncher ma carte.”
Un simple merci, et vous n’auriez pas fait tout un plat de trentes malheureuses minutes. Les relations humaines et la direction? Not their forte…
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